Flash n° 186 février 2007

1 - Ressources en eau ; un enjeu pour vos exploitations


1 - Ressources en eau ; un enjeu pour vos exploitations

I – L'eau ; un enjeu européen

Le 23 octobre 2000, le Parlement européen et le Conseil promulguent une directive cadre (2000/60/CE) dans le domaine de l'eau. Cette directive établit un cadre communautaire pour la protection et la gestion de l'eau.

Neuf ans après la date d'entrée en vigueur de la directive (le 22 décembre 2000), un plan de gestion et un programme de mesures devront être élaborés.

Il auront pour but de :
- prévenir la détérioration, améliorer et restaurer l'état des masses d'eau de surface
- protéger, améliorer, restaurer les eaux souterraines (...) et assurer un équilibre entre leur captage et leur renouvellement
- préserver les zones protégées.

Ces objectifs doivent être atteints dans les 15 ans suivant l'entrée en vigueur de la directive.

LOI SUR L EAU

En France, le 20 décembre 2006 la loi sur l'eau et les milieux aquatiques a été promulguée.

Entre autres choses, la loi précise les priorités et les conditions de la gestion quantitative de la ressource :

A - « La gestion équilibrée doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable des populations. Elle doit également permettre de satisfaire ou de concilier, lors des différents usages, activités ou travaux, les exigences :
- de la vie biologique du milieu récepteur, et spécialement de la faune piscicole et conchylicole
- de la conservation et du libre écoulement des eaux et de la protection contre les inondations
- de l'agriculture, des pêches et des cultures marines, de la pêche en eau douce, de l'industrie, de la production d'énergie (...) »

B - Une redevance pour le prélèvement sur la ressource en eau est mise en place.

« La redevance est assise sur le volume d'eau prélevée au cours d'une année. Lorsqu'une personne dispose d'un forage pour son alimentation en eau, elle est tenue de mettre en place un dispositif de comptage de l'eau prélevée. »
Pour l'irrigation (sauf irrigation gravitaire), le plafond de cette redevance est fixé à 2 €/m3 pour les bassins classés en catégorie un et à 3 €/m3 pour les bassins classés en catégorie 2. Cette redevance ne s'applique pas aux « prélèvements effectués lors de la période d'étiage, pour des ouvrages destinés à la réalimentation des milieux naturels.»

II – Perspective d'évolution de la ressource en eau en Charente-Maritime

Pour les 12 bassins de la Charente-Maritime, une comparaison des volumes autorisés en 2006 aux volumes prélevables 4 années sur 5 permet d'évaluer les déficits en eau. C'est à partir de ces bilans, que la Direction Départementale de l'Agriculture et de la forêt de Charente-Maritime a réalisé des propositions de diminution des volumes alloués pour la campagne 2007.

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Source : DDA 17

III – Baisses du volume : une incidence directe sur le revenu

Comme le montre le tableau ci-dessus, 4 bassins sont fortement concernés par les baisses de volume d’ici 6 ans (Curé-Sèvre Niortaise, Mignon, Boutonne, Aume-Couture).

Cette baisse de volume alloué peut avoir une forte incidence sur le revenu. Le tableau ci-après donne l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE) dégagé par Ha dans 2 situations différentes : situation actuelle en terme de volume autorisé et situation avec une baisse de 70 % du volume alloué.

L’EBE correspond à ce qui est dégagé par l’exploitation ; il doit permettre en priorité de rembourser les annuités d’emprunt et d’assurer les prélèvements privés.

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Une baisse de 70 % du volume entraîne, dans notre cas, une baisse de 23 % de l’EBE. Cette baisse est aujourd’hui atténuée puisqu’une partie des aides à l’irrigation est acquise et incluse dans les DPU (75 %).

Néanmoins, les conséquences sur le revenu disponible (EBE – annuités) peuvent être plus ou moins importantes en fonction du niveau d’annuités d’emprunt à honorer.

Plusieurs facteurs peuvent faire varier l’EBE/Ha ; comme l’importance de l’irrigation sur l’exploitation, la présence d’autres productions sur l’exploitation. C’est pourquoi il est important de regarder les situations au cas par cas.

IV – Que faire face aux baisses de volume ?

Face aux baisses de volume alloué pour l’irrigation, plusieurs solutions peuvent être envisagées ; comme les cultures irriguées au printemps (blé dur, orge de printemps…) en remplacement du maïs.
Dans les cas de baisse les plus extrêmes, la construction de réserve de substitution est aujourd’hui le seul moyen pour maintenir l’irrigation sur l’exploitation.

1 – LES CULTURES IRRIGUEES AU PRINTEMPS : LE BLE DUR

Plusieurs éléments sont à considérer pour choisir entre une culture de maïs irrigué et un blé dur. Dans des conditions d’irrigation optimum, le maïs irrigué reste la culture la plus rémunératrice en terme de marge, d’autant plus lorsque les prix sont favorables comme cette année. Mais des menaces peuvent planer sur la possibilité d’irriguer en fonction du bassin versant où on se trouve : volume attribué, restrictions…

Accorder une place plus ou moins importante dans sa sole irriguée aux cultures irriguées au printemps est une manière de gérer le risque « irrigation ». Citons ce proverbe : « Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ».

Prenons l’exemple d’un maïs irrigué avec 2500 m3/Ha et d’un blé dur irrigué avec 800 m3/Ha. Nous constatons qu’aujourd’hui :
- un maïs irrigué à 100 qx/ha équivaut à un blé dur à 60 qx/ha
- un maïs irrigué à 120 qx/ha équivaut à un blé dur à 75 qx/ha.

Données prises pour le calcul :
- maïs : prix de 11 €/qtal ; prime de 111,32 €/ha ; engrais, semences, phytos 450 €/ha ; coût d’irrigation 156 €/ha
- blé dur : prix de 15 €/qtal ; prime de 111,32 €/ha ; engrais, semences, phytos 350 €/ha ; coût d’irrigation 50 €/ha.

Les questions à se poser sont :
- quel volume d’eau je dispose, et ai-je des risques de restriction d’irrigation ?
- quels rendements je pense obtenir ?

Ces seuils de rendement sont fonction des coûts de production particuliers à chaque exploitation. Bien sûr, d’autres critères de choix entrent en ligne de compte, comme les capacités de l’installation d’irrigation, les temps de travaux, les autres productions présentes, le contexte de prix des céréales, les contraintes d’assolement…

2 – LES PROJETS DE RESERVE

Dans les cas de fortes baisses de volume, les réserves de substitution à l’irrigation sont la seule alternative pour envisager de maintenir l’irrigation ; l’objectif étant de remplir l’hiver pour disposer de l’eau pendant l’été.

Les premiers projets commencent à voir le jour dans la région, malgré le contexte politique difficile qui les entourent.

Ces projets sont menés dans le cadre des ASA pour obtenir les subventions (70 %).

S’engager dans un tel projet génère automatiquement des frais supplémentaires (EDF pour le remplissage, frais de gestion par l’ASA, annuité d’emprunt de la réserve). L’objectif n’est pas de gagner plus mais de maintenir le niveau d’irrigation actuelle.

Le coût d’une réserve peut varier du simple au double en fonction de sa taille. Plus la réserve est grande, plus le coût du m3 stocké est faible. Un exemple :

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Les incidences sur la marge d’un maïs irrigué sont directes comme le montre ce nouvel exemple :

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(1) coût de la réserve (annuité d’emprunt) hors frais supplémentaires d’EDF (remplissage) et frais de gestion. Financement sur 20 ans à 5 %

S’engager dans un tel projet est fonction de la situation de chaque exploitation et principalement du niveau actuel de remboursement d’annuités d’emprunt.

L’irrigation, un des moyens pour assurer le niveau de revenu, est aujourd’hui un sujet sensible. Les Conseillers du CGO sont à votre disposition pour vous aider dans tous vos projets.

Adrien LOURADOUR
Stéphane PETINON



Mots clés :

ressource en eau, réserve d'eau, perspective d'évolution de la ressource en eau

Dates

Modifié : 15/03/2007
Publié : 15/03/2007


Flash n° 186 février 2007

Mots clés

ressource en eau, réserve d'eau, perspective d'évolution de la ressource en eau

Dates

Modifié : 15/03/2007
Publié : 15/03/2007

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